Elisabeth Vigée Lebrun au Grand Palais

Publié le 28 Octobre 2015

 E. Vigée Lebrun, Autoportrait dit « aux rubans cerise », vers 1782, huile sur toile, 64.8x54cm, ©Forth Worth, Kimbell Art Museum
E. Vigée Lebrun, Autoportrait dit « aux rubans cerise », vers 1782, huile sur toile, 64.8x54cm, ©Forth Worth, Kimbell Art Museum

Je me suis donc rendue au Grand Palais en début de semaine, pour découvrir l'exposition réalisée autour de cette artiste-peintre, qu'est Elisabeth Vigée-Lebrun.

Il est vrai que le grand public ne la connait peu ou voir pas du tout... Ayant fait un petit tour du côté du château de Versailles, je la connaissais effectivement comme la portraitiste attitrée de Marie-Antoinette. Lors de cette exposition, nous découvrons que sa vie ne se résume pas seulement à cela et qu'elle a eu une carrière très impressionnante.

Gabrielle Yolande Claude Martine de Polastro, duchesse de Polignac, 1782 (Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon)
Gabrielle Yolande Claude Martine de Polastro, duchesse de Polignac, 1782 (Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon)

L'exposition retrace donc la vie de l'artiste de manière assez chronologique mais différents thèmes se détachent également.

Au premier niveau, nous retrouvons sa formation puis ses débuts et à sa maturité (notamment des portraits de cour).

Dans les premières salles, sont rassemblés des portraits de sa famille et son cercle, de sa main ou de celle de ses proches, grande présence de ses autoportraits aussi.

Puis, développement du motif de l’amour maternel.

Au second niveau, nous retrouvons surtout des portraits de l’émigration et du retour d’émigration. Nous traversons différents pays comme l'Italie, l'Autriche, la Russie...

Le parcours s’achève avec quelques paysages (qui sont plutôt rare dans cette exposition, mais Elisabeth Vigée Lebrun en a peint plus de 200 !)

Elisabeth Vigée Lebrun au Grand Palais

Lorsqu’on parle de Elisabeth Vigée Lebrun, il est vrai que nous avons surtout deux toiles qui nous viennent à l’esprit, et ce sont celles qui sont d’ailleurs les plus célèbres, et ce ne sont pas forcément ses toiles les plus significatives et qui mettent le plus en valeur son travail.

Car l'artiste a produit un travail colossal et n’a cessé de peindre tout au long de sa vie… elle n’a pas tellement connu la période de la « toile blanche ».

Quelles sont ces deux toiles ?

  • Le portrait de la reine Marie-Antoinette en robe d’intérieur, tenant délicatement une rose ;
  • L'autoportrait de l'artiste avec sa fille Julie, qui semble illustrer l’amour maternel prôné par Rousseau.

Pourtant, ces deux tableaux marquèrent un tournant dans l’art du portrait à la fin des Lumières. La représentation de la reine vêtue de mousseline vaporeuse fit d’ailleurs scandale au Salon de 1783. Elle a rompit tous les codes de la bienséance en soulignant le caractère intime de la scène par un costume négligé, qu’on ne portait que dans le secret des alcôves. Toutes les règles du portrait d’apparat s’en trouvaient bouleversées. Quant à ses autoportraits, ils sont exceptionnels par le nombre et la variété.

Autoportrait de Madame Le Brun tenant sa fille Julie sur ses genoux, dit La Tendresse maternelle, 1786 (Paris, musée du Louvre) / Marie-Antoinette en robe de mousseline, dite « à la créole », « en chemise » ou en « goulle », 1783 (Kronberg, Hessisches Haussitfung)
Autoportrait de Madame Le Brun tenant sa fille Julie sur ses genoux, dit La Tendresse maternelle, 1786 (Paris, musée du Louvre) / Marie-Antoinette en robe de mousseline, dite « à la créole », « en chemise » ou en « goulle », 1783 (Kronberg, Hessisches Haussitfung)

Autoportrait de Madame Le Brun tenant sa fille Julie sur ses genoux, dit La Tendresse maternelle, 1786 (Paris, musée du Louvre) / Marie-Antoinette en robe de mousseline, dite « à la créole », « en chemise » ou en « goulle », 1783 (Kronberg, Hessisches Haussitfung)

Premiers pas parisiens

Sa carrière ne fut pas toujours facile. Née en 1755, elle était la fille de Louis Vigée ; pastelliste émule de Maurice Quentin de La Tour et membre de l’Académie de Saint-Luc de Paris. Portraitiste, son père réussit à faire fortune en servant une clientèle assez large et noua tout au long de sa vie de solides amitiés artistiques. Grâce à lui, Elisabeth fréquenta les Salons et commença petit à petit à se construire une éducation solide. Son père lui enseigna la technique du pastel, à laquelle elle est restée fidèle tout au long de sa vie. On rencontre un grand nombre de ses tableaux réalisés au pastel, durant l’exposition. Elisabeth s’est donc spécialisée, comme son père dans l’art du portrait mais essentiellement à l’huile sur toile.

Sa facture (largement influencée par Rubens, Van Dyck et Greuze, lorsqu’elle fréquenta les grandes collections privées) est centrée sur des modèles comme pris sur le vif, mais aussi magnifiés par un pinceau flatteur, détaillant les tissus et les accessoires. Elle peignit autant les hommes que les femmes (même si dans l’exposition, nous pourrions penser le contraire, vu le nombre de portraits féminins que nous rencontrons). Comme par exemple le portrait du contrôleur général des finances Calonne, : lumière et les accords de couleurs.

Portrait de Charles-Alexandre de Calonne, signé, daté 1784 (Royal Collection Trust/ her Majesty Queen Elizabeth II)

Portrait de Charles-Alexandre de Calonne, signé, daté 1784 (Royal Collection Trust/ her Majesty Queen Elizabeth II)

Une femme parmi des hommes

Nous pourrions penser qu’Elisabeth-Vigée Lebrun était une femme opprimée par ses collègues masculins, peinant à s’imposer dans une société peu encline à favoriser le travail féminin… c’est ce qu’elle nous dit en tout cas dans ses mémoires, même si elle exagère tout de même un peu ses propos. En effet, sous l’Ancien Régime, les femmes ne pouvaient juridiquement établir de commerce, elle ne pouvait donc pas vendre ses tableaux, se rendant hors la loi, elle dépendait à ce moment-là de son beau-père. Puis, son mariage en 1776 avec le marchand d’art et restaurateur Jean-Baptiste Pierre Lebrun arrangea quelque peu les choses. Le ménage ne fut pas tellement heureux mais son époux était une personnalité les plus importantes du Paris artistique, disons que ça aide légèrement…

Elle entra ensuite, grâce à son mari, à l’Académie royale. Ce qui ne fut pas gagner car Elisabeth Vigée-Lebrun ne pouvait normalement y entrer à cause de la profession mercantile de son mari. Elle y entra pourtant avec les honneurs, en présentant pour sa réception La Paix ramenant l’Abondance, 1780

La Paix ramenant l’Abondance, 1780 (Musée du Louvre)

La Paix ramenant l’Abondance, 1780 (Musée du Louvre)

Le chemin de l’exil

La célébrité scandaleuse de la femme du peintre, les commandes de la reine de France, qui la tenait pour sa portraitiste attitrée, la faveur dont elle jouissait à la cour, en firent dès le début de la Révolution une cible. Elle part donc en Italie avec sa fille et essaye d’organiser une nouvelle vie, de trouver des commandes, et de subsiste. Or la clientèle de la reine de France, lui fut cette fois un sésame : elle obtint les faveurs de sa sœur, la reine Marie-Caroline de Naples, des filles de Louis XV, Mesdames de France Victoire et Adélaïde, émigrées comme elle à Rome et de toute la noblesse française que la Révolution avait jetée sur les chemins de l’exil.

Elle peignit donc à Rome le portrait de Lady Hamilton en bacchante et en Sybille de Cumes.

C’est à Rome que l’artiste fixa définitivement la manière de sa maturité, mélange de spontanéité et de théâtralité, qui fit sa fortune.

Elle partir ensuite à Vienne, autre capitale investie par la noblesse émigrée et y exerça son art durant 3 ans, ouvrant ensuite les portes de la cour de Russie. Le séjour russe fut sans doute le plus heureux et le plus fructueux. Elle y côtoya la famille impériale et se fit de nombreux amis dont la princesse Koukarine.

Elle revient ensuite à Paris en 1802

 E. Vigée Lebrun, Lady Hamilton en Sibylle de Cumes, 1792, huile sur toile, 73×57.2cm, collection particulière

E. Vigée Lebrun, Lady Hamilton en Sibylle de Cumes, 1792, huile sur toile, 73×57.2cm, collection particulière

Elisabeth Vigée Lebrun au Grand Palais

Au final, c'est une belle exposition à découvrir, les portraits sont magnifiques. Elisabeth Vigée-Lebrun sait vraiment rendre avec grâce les matières que constituent les différentes tenues vestimentaires du XVIIIe siècle, on est impressionné par le drapé, les couleurs et le réel des tableaux.

L'exposition est bien construite, nous suivons l'évolution chronologique de l'artiste, en séparant quelques thèmes majeurs de sa production. Nous nous rendons compte qu'elle a eu une vie très importante et productive et qu'elle ne s'est presque jamais arrêté de peindre !

On regrettera le manque de quelques anecdotes...

Cette exposition reste assez classique, sans nouvelles technologies. En effet, un documentaire est proposé mais à des horaires particuliers , difficilement compatible avec la vie professionnelle et c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir finir sur cette note ou alors de couper les deux étages avec justement un documentaire.

Dans chaque salle, nous avons un petit résumé qui nous explique ce que nous allons découvrir (assez classique, mais bien construit, assez court et pertinent) et chaque tableau est accompagné d'un descriptif précis, ce qui change des cartels habituels.

L'exposition se tient au Grand Palais jusqu'au 11 janvier 2016.

Rédigé par La fée Culturelle

Publié dans #Expo & Musée

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